vendredi, juillet 07, 2006

Hôtesse / Homeless... code couleur


Série Voigtland
Le Repos
160 x 160

S’il est un terme sulfureux en photographie, c’est certainement celui d’anecdote. Par ce dernier on entend d’autant mieux qualifier une image qu’elle a peu de fond, qu’il est bien difficile de convoquer Deleuze ou Jacques Rancière pour en révéler l’importance.
Au mieux, range t-on certaines images chères à nos cœurs sous le registre anecdotique, et plus volontiers encore si elles sont des années 50, en noir et blanc, saisies dans le Paris gouailleur et populaire.
Même le petit Robert en rajoute dans la réprobation artistique par cet exemple définitif : " Ce peintre ne s’élève pas au dessus de l’anecdote "… c’est dire !
L’anecdote, c’est pourtant ce que l’on concède au photographe qui, au crépuscule de sa vie et de son œuvre, s’épanche de ses souvenirs et révèle enfin que telle image est passée à la postérité parce que ce jour là… à cet instant précis… On peut parfois appeler cela Mémoires…
Par pur esprit provocateur, c’est sur ce mode badin et sans qualité que j’ai choisi de présenter ces deux images. Cela pourrait commencer par un " je me souviens "…
L'homme en vert : résidait ce jour là, un après-midi d’octobre 2001, sur le front de mer, Santa Monica, Californie, USA.
Les palmiers, l’architecture à grands balcons, les joggers parfaitement synchronisés, nous voilà bien dans l’univers idyllique de la côte ouest, dont la grande ampoule solaire ne s’éteint quasiment jamais. Pour ce qui s’en souviennent, le Hutch de la célèbre série habitait, sans Starsky, à quelques centaines de mètres de là, dans le quartier Arti vaguement alternatif de Venice. Idem pour le clip de la chanson I Love LA (de l’album Trouble in Paradise,1983), du très vernaculaire Randy Newman,…
Roll down the window, put down the top
Crank up the Beach Boys, baby Don’t let the music stop
We’re gonna ride it till we just can’t ride it no more
From the South Bay to the Valley
From the West Side to the East Side
Everybody’s very happy‘ Cause the sun is shining all the time
Looks like another perfect day
I love L.A. (We love it)
I love L.A. (We love it)
C’est tourné là…
Un des principes photographiques de la série Voigtland est que je n’opère aucun mouvement face au sujet. Je m'insère dans le flux, je fais la photo et c’est tout. L’objectivité atteinte grâce à la raideur du genou en quelque sorte. Alors quand le personnage qui dort devant moi à choisi un couverture verte qui s’accorde parfaitement au gazon et au plexiglas des vérandas, j’estime que c’est un jour de chance…
La fille en rouge : Pour ce qui est du lieu, le Salon de la Motocyclette, porte de Versailles, Paris, France.
La journée tire à sa fin, encore quelques images pour en avoir le cœur net. J’arrive sur le stand d’un constructeur italien, Ducati ? Moto-Guzzi ? Laverda ?, je ne me souviens plus très bien. Je vois cette moto sur ce podium qui tourne lentement. Je flaire le bon coup. Parfois je compare l’acte photographique au tennis. C’est d’abord une question de placement, indispensable pour bien attaquer la balle. La jeune femme me repère et s’approche. Peut-être pour m’interdire de photographier ce prototype rutilant ? Je me recule, elle s'éloigne, je me rapproche, elle revient, comme si deux planètes s’étaient synchronisées en orbite autour de ce soleil d’acier. Enfin je comprends la situation. Cette charmante vestale est là pour magnifier de sa sensuelle présence cet objet de convoitise et de consommation… la moto. Une chaîne invisible la maintient, docile, dans le périmètre de l’objet. Miracle ! elle est à moi ! elle m’appartient photographiquement autant que la moto ! Bénis soient les dieux réunis du consumérisme, de la communication et du capitalisme industriel ! Enfin, en une demi-seconde, ses mains jointes et recueillies, son sourire apaisé, l’éclair fugace du dieu de métal, Deus Ex Machina, comme un signe… une extase… encore un jour de chance…


Série Voigtland
Le Plaisir
160 x 160

Aucun commentaire: