samedi, novembre 04, 2006

Il y a une planète dans mon salon*

Réanimation du blog après quelques semaines d’absence. Le premier épisode nous entraîne au Salon de l’Automobile qui s’est tenu début octobre à Paris.
Indicateur du dynamisme industriel et du moral des ménages, le Salon de l’Auto est un endroit privilégié pour prendre la température d’une société à un instant donné. Car le Salon, comme tout lieu clos accueillant un public a une humeur, une sorte de vibration électrique qui parcourt ses allées tapissées de feutre rouge. Au Salon de l’Auto, cette onde embaume des effluves de testostérone, surtout aux abords des constructeurs tels que Ferrari, quasiment inaccessible tant la virile foule s’agglutine pour entrevoir la Bête dans sa livrée écarlate. Parterre vert pomme, plexiglas transparent et fontaine d’eau pure pour tel autre constructeur qui tente à nous faire accroire qu’acheter son véhicule c’est faire du bien à la planète (autant que la crème au radium qui illumine le teint faisait du bien à la peau en 1930). A quelques exceptions près, la bagnole est une affaire d’homme et tout est bon pour le séduire, notamment les charmantes hôtesses qui enjolivent le décor. Et comme le contexte économique du secteur n’est pas florissant, les stratégies de vente et de communication n’en sont que plus persuasives.


La fréquentation photographique des salons était un des axes de travail de la série Voigtland. J’ai déjà eu, dans un texte précédent, l’occasion de le souligner. Cet intérêt repose sur le fait que le périmètre défini du salon contient une part du monde sous une forme scénarisée. Il y a des salons pour tout, l’automobile, le chocolat, l'art contemporain, les études, le mariage, les loisirs, le bien-être, la voyance, le bricolage, le sexe et j’en passe. Toutes les péripéties de l’existence humaine sont représentées dans les salons. C’est du pain béni pour le photographe qui, avec un déplacement minimum, accède à une pluralité d’univers. Comme le décor est déjà installé, l’éclairage réglé, un clic suffit à ramasser la mise. La programmation des différents salons s’échelonnant sur le calendrier et se répétant d’une année ou d’un cycle sur l’autre, tout cela s’organise selon une cosmogonie précise où chaque événement opère une révolution avant du revenir au point initial. Au début du 20ème siècle, le Passage dans la ville figurait un paradigme de la modernité, donnant toute sa prééminence et son autorité à la figure de l’individu-piéton ; de la flânerie comme instrument d’une captation visuelle du monde. Un siècle plus tard, la synchronisation de milliers de consommateurs dans l’espace/spectacle du Salon démonte l’idée d’un être autonome pour lui substituer celle d’une foule, d’un monôme adorant son rêve rugissant de métal et de carbone.


Dans la continuité de cette expérience, je présente ici les premières images d’un nouveau travail, dont le titre sera sans doute Bleu // Rouge, pensé comme une division bipolaire des sujets.


Rouge 01 (Alfa Romeo) - 2006




Bleu 01 (Saab) - 2006

L‘appartenance à l’un ou l’autre groupe reposant uniquement sur l’identité chromatique, ainsi qu’il peut en être pour des joueurs de sport collectif sur un terrain. A ce stade, je ne pense ce projet que sous une forme livre ou portfolio, de dimension modeste, avec le souhait de penser la réversibilité de l’objet.



Rouge 02 (RER C) - 2006





Bleu 02 (Gants de vaisselle) - 2006
* Le rock-érudit aura bien sur démasqué l’emprunt au titre de Siouxsie & the Banshees " There is a Planet in my Kitchen ", 1983.

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