dimanche, décembre 10, 2006

Solaris (éléments)


Donatas Banionis, Solaris, film d'Andrei Tarkovski, Mosfilm prod, 1972

Depuis quelques temps, je pense à une sorte de remake photographique du film d’Andréi Tarkovski ; Solaris.
Belle gageure que de s’atteler à figurer une histoire de science-fiction avec les pauvres moyens de la photographie… Remix devrais-je donc plutôt dire car dans un premier temps il s’agît de repérer les différentes lignes de forme qui se superposent et s’enchevêtrent dans ce film, de les isoler et de les recombiner, accentuant celle-ci, éludant celle là, trouvant une ligne mélodique plus minimale mais qui évoque pourtant le thème… Hormis la grande admiration que ce cinéaste m’inspire, cette histoire extraordinaire m’offre l’occasion de mettre en jeu photographique la notion de mémoire. Mais aussi de réfléchir au glissement d’une même narration d’un moyen d’expression à un autre, du roman initial de Stanislas Lem au film du cinéaste russe (et plus accessoirement à celui de l’américain Steven Soderbergh), du cinéma à la photographie. Que se perd-il à chaque transposition, et que se gagne t-il ?











Natalia Bondartchouk et Donatas Banionis, Solaris, film d'Andrei Tarkovski, Mosfilm prod, 1972

J’ai toujours considéré ce film comme très photographique, à cause de la lenteur des plans, de la présence contiguë du noir et du blanc et de la couleur, de ses apories spatio-temporelles …Toutefois il ne semble pas, dans ses écrits, que la foi que Tarkovski plaçait dans le cinéma ait un tant soit peu profité à l’image fixe dont l'objectivité technique, l'absence de la "main de l'artiste", pouvait sans doute, à ses yeux, obérer la potentialité spirituelle.

Lors d’un voyage récent en Lituanie, certaines sensations des premiers plans du film (qui se passent sur Terre), relatives à une certaine qualité de lumière, une végétation particulière, l’écoulement d’un ruisseau me sont apparues avec évidence. Sans doute avais-je à l’esprit que Donatas Banionis, qui interprète le rôle de Kris Kelvin le psychologue, est l’acteur le plus emblématique de ce pays.

De mon immersion de quelques jours dans ce pays, j'ai ramené quelques images, comme tirées d'un carnet de note photographique, à la recherche de lieux, d'atmosphères, de personnages possibles.




Je termine simplement cette petite introduction à ce travail en cours de développement par l'idée qui m'est chère d'une convergence de pensée (de spiritualité?) entre le cinéma d'Andrei Tarkovki, celui de Chris Marker et l'oeuvre protéiforme de Bill viola. J'en avais été frappé quand, après avoir vu l'oeuvre du vidéaste américain Going Forth by Day (2002) au Guggenheim Museum de Berlin, je l'avais rapproché de l'une des dernières séquences de Stalker, alors que l'un des personnages arrive enfin au terme du voyage dans la Zone. Lenteur de l'action, presqu'au ralenti, immersion dans l'eau, reptation sur la terre, jusqu'au feu qui marque le terme de l'aventure, comme un recours commun à une symbolique essentielle. Quant au cinéaste français, le travail sur la mémoire et l'amour vus par le prisme de la science-fiction (La Jetée, 1962), le voyage métaphysique dont le montage et l'entrelacs des signes spirituels abolit la logique géographique et le vernaculaire (Sans Soleil, 1982), la citation de la Zone (Immemory, 1997) trouvent naturellement une aboutissement dans le documentaire/hommage à l'auteur russe : Une Journée d'Andrei Arsenevitch.

Merci à Simon Rees, curator du Centre d'Art Contemporain de Vilnius, pour son accueil chaleureux et pour "l'esprit" des expositions qu'il contribue à organiser.

www.cac.lt

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