samedi, mars 24, 2007

Conférence de Peter Fischli et David Weiss

Ce mardi 20 mars une conférence donnée par Peter Fischli et David Weiss s'est tenue au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Cet évènement a revêtu pour moi une importance particulière tant ces deux artistes m'ont fortement influencé.
Il est parfois certaines oeuvres ou certaines démarches artistiques qui peuvent provoquer un sentiment de complétude chaque fois qu'un spectateur y est confronté. La globalité de l'oeuvre de Fischli et Weiss produit cet effet sur moi, invariablement. Cela s'apparente à une régénérescence, ou bien à ce que l'on peut ressentir quand on retrouve le cap après s'être un peu égaré... une sorte de soulagement euphorisant.
J'ai parlé de conférence au début de ce message. Le terme n'est pas vraiment exact. Menée par Robert Fleck, cette conversation n'avait rien de docte ou de réellement théorique. Il s'est surtout agit de retracer un parcours initié à Zurich dans les années 70 pour aboutir, à mon sens, à l'une des productions artistiques les plus importantes de la sphère contemporaine.




J'ai donc été bien aise d'apprendre que le ferment qui allait donner naissance à cette oeuvre était la prolifique scène punk zurichoise. J'avais toujours intuitivement rapproché ces deux artistes de quelque chose de rock n'roll. Leurs différentes séries sont parsemées de clins d'oeil à la création musicale populaire ; de la sculture en terre de Mick Jagger et Brian Jones rentrant chez eux après avoir composé "I can get no satisfaction" à l'improvisation sonore et primitive à laquelle se livrent l'Ours et le Rat au terme de leur périple philosophique. Pendant leur intervention, je regardais de ma place assise les images de la série "Airports" et je me suis mis à penser que le transit aéroporté de l'artiste plasticien international ressemble trait pour trait à celui de la rock star en tournée. Et cette activité en binôme, tout de même assez rare chez les artistes visuels, alors que dans la musique...

Il existe à mes yeux deux points de vertige dans l'oeuvre de Fischli et Weiss. Le premier est lié à l'altération du sens commun et au trouble que peut générer l'oxymore. Celui de Fischli et Weiss pourrait se définir comme la "superficialité profonde" ou la "profondeur superficielle", c'est selon... Il trouve sa source dans le rapport paradoxal entre l'ambition philosophique du sujet et la simplicité du traitement esthétique. Le film "Der Laufe der Dinge" (le Cours des Choses), produit en 1986 pour la Documenta VIII, n'est rien moins que la reconstitution domestique du Big Bang, de la soupe originelle, qui, par réaction en chaine, hasard heureux ou guidé, aboutit à là ou nous en sommes. Sujet pour le moins grandiose, mais le rire du public qui visionne ce film procède lui aussi de la réaction en chaine, ressort comique inusable à la base du cinéma de Buster Keaton ou Charlie Chaplin.

Idem pour la série "Siedlungen", photographies d'immeubles d'habitation de la banlieue zurichoise. Banalité du sujet, inframinceur du thème, non lieux, certes, mais tout cela organisé selon la succession éternelle et irréversible des saisons, printemps, automne, été, hiver. Du banal oui, mais teinté de cosmique.

Cette approche de l'infini, sur lequel la condition humaine se brise systématiquement, Fischli et Weiss l'organisent sous forme de cycle. Quel qu'en soit l'expansion, toujours le sujet revient à son point de départ. Ces photographies d'avions de ligne en stand-by dans la série "Airport" dessinent un parcours qui finalement se révèle d'une carcéralité implacable et nous renvoient subliminalement à notre condition de voyageur prisonnier d'une terre ronde et spatialement limitée. Ne nous reste qu'une errance dans un décor stéréotypé dont la seule variation distrayante est la décoration de l'empenage des Boeings.

Au fond, est-il surprenant d'apprendre qu'après 25 ans d'interruption, les deux artistes reprennent la production de scultures telle qu'ils la pratiquaient à leur début?

S'il est un personnage qui projette son ombre sur cette oeuvre, c'est certainement celui de Sysiphe. On savait depuis longtemps qu'il fallait l'imaginer heureux, avec Peter Fichli et David Weiss, on lui fera volontiers crédit d'un solide sens de l'humour...

PS : Pour Peter Fischli, prendre une photographie, c'est se tenir debout, mettre le sujet au milieu, et appuyer sur le bouton... dont acte quelques minutes après leur intervention.


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