samedi, avril 21, 2007

Agent Orange

A quelques heures du premier tour de cette élection présidentielle, un petit texte sur la dimension "esthétique" de la campagne n'est peut-être pas superflu...
On prête volontiers et depuis longtemps un "talent" d'artiste à notre personnel politique, au moins depuis Napoléon Bonaparte, passant allègrement de "Commediente" au "Tragediente" selon la circonstance et la finalité...

La mise en forme de l'idée politique relève de l'esthétique, et il y a bien là acte, sinon de création, au moins d'inventivité. Cette forme, cette mise en scène et en image est-elle susceptible d'emporter le choix d'un indécis, de conforter le partisan dans son choix? Car nous sommes bien dans le registre de la suggestion, du message et du signe de connivence subliminal que l'électeur interprètera plus ou moins consciemment.
Du champion de l'UMP, on pourra rapprocher la scénographie des meetings, le goût pour le monumental, la démultiplication du Lui sur écrans géants, du personnage de Zorglub dans les aventures de Spirou et Fantasio. Son spot de campagne officielle, au style de bande annonce de blockbuster hollywoodien traduirait-il l'atlantisme du candidat?
De Ségolène Royal, le débat participatif aux allures de messe avait-il à voir avec l'esthétique relationnelle? Si la trichromie bleu, blanc , rouge eut un temps sa préférence, son affiche de campagne fait clairement référence aux oeuvres de Barbara Kruger... rouge, passe, impair et..?
Mais comment traduire visuellement la vision politique du "centriste révolutionnaire"? Doit-il emprunter équitablement au vocabulaire formel de la gauche et de la droite? Le violet, 50% de rouge, 50% de bleu doit-elle être la couleur du centre? Raté!, c'est l' orange qui l'a emporté.
Bien sûr, tout le monde a encore en mémoire le symbole de la révolution démocratique ukrainienne, et l' orange est devenu le signe du changement, du peuple qui courageusement brise le joug de l'oppression.
L' orange est aussi la couleur qui provoque le plus d'activité électrique et chimique dans le cerveau de celui qui la regarde... petit emprunt au psychédelisme, et qui peut être bien utile pour faire passer une idée qui bouscule les habitudes.


Meeting de François Bayrou, le 21 mars 2007 au Zénith de Paris (avec un petit clin d'oeil à John Baldessari)

Mais à bien y réfléchir, la grande équipe des Pays-Bas de la coupe du monde 1974, celle de Cruijff, Neeskens, Rep et Resembrinck, n'avait-elle pas réussi le rêve de Bayrou, faire travailler ensemble les meilleurs des deux camps? Dans le football total qu'elle a inventé, le défenseur ne devenait-il pas le premier attaquant et l'attaquant le premier défenseur selon les phases de jeu? Ce système devint si invincible qu'on surnomma l'équipe... l'Orange Mécanique...



... jusqu'à ce que le "classissisme" allemand de Paul Breitner et Gernd Muller brise son rève avec deux buts en finale.

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