lundi, septembre 24, 2007

Référents électriques

Chassé croisé au sein de la blogosphère, je reproduis ici quelques réflexions écrites pour le blog Foto Povera 2 de mes amis Yannick Vigouroux et Rémi Guerrin motivées par un sujet particulier : l'agrandissement photographique.

Pour suivre les autres développements de ce laboratoire de photographie et d'écriture

http://fotopovera.blogspot.com

S' il est aisé de trouver toute une littérature sur la question de la « reproductibilité » inhérente à la photographie, la notion d'agrandissement, qui participe autant de la spécificité du médium a suscité bien moins de commentaires. Au point, qu'ayant eu récemment à chercher la date de l'invention de l'agrandisseur, aucun des livres « classiques » sur la photographie ne m'a été d'un quelconque secours.

Lorsqu'il m'a fallu arrêter un format de tirage pour la série Voigtland , j'ai choisi un format assez imposant : 150 x 150 cm. L'autre parti-pris était de montrer les images, certes encadrées, mais sans qu'aucune vitre ou plexiglas ne s'interpose entre l'image et le spectateur.

D'un coté, toute l'ambigüité d'un appareil obsolète, doté d'une optique douce et « piquée » en son centre, mais affectée d'un flou imprévisible sur les bords, d'un vignettage digne des débuts de la photographie. De l'autre la posture, le volume, l'abattage de la photographie sure d'elle-même.

Très vite, l'association entre agrandissement et amplification s'est faite.



Série Voigtland
Le Volcan

Je crois que les fondements de cette idée datent de ma rencontre avec Knut Maron il y a quelques années. Je l'avais vu travailler dans le paysage juste équipé de son polaroïd SX 70 et j'avais vu les petites images bleutées qui en sortait. Il m'avait expliqué qu'ensuite, dans son laboratoire, il rephotographiait ce pola originel (primitif, oserais-je dire) sur un banc de reproduction, à la chambre 4x5 nourrie d'une ektachrome. Parfois il filtrait ses sources lumineuses avec des gélatines au banc, parfois l'intervention sur la couleur se faisait au moment de l'insolation du cibachrome, a l'aide des filtres de l'agrandisseur. Le tout aboutissant à un tirage d'environ 110 x 120 cm

Toutes ces strates d'intervention, altérant / transcendant le cliché d'origine m'avait immanquablement fait penser au travail d'un musicien triturant le son à l'aide d'effets, delay, réverbération, saturation, etc, jusqu'à l'émission du son final à travers l'amplificateur.


Série Voigtland
Le Héros

Je me souviens aussi, que dans une interview radiophonique, Arnaud Claass avait comparé le flou photographique à la rumeur...

...histoire d'une vérité malade de distorsion...


Il y a maintenant quelques mois, j'ai eu une chance supplémentaire d'assister à un concert parisien de David Sylvian. Peut-être est-il temps de dire à son propos que l'écoute de son premier album solo Brilliant Trees à 18 ou 19 ans a mis à jour cette intuition encore confuse : le sens de la vie est de nature esthétique. Je n'ai, depuis cette période, jamais omis aucune de ses œuvres. Des deux magnifiques, lumineux et intimes enregistrements qui succédèrent, Gone to Earth, puis Secrets of the Behive, jusqu'au plus récent Nine Horses.



C'est encore la figure de l'autodidacte qui transparait à travers lui. Du groupe de copains de Lycée (Japan), les influences digérées (Bowie, Roxy Music, la soul américaine, l'orientalisme chic), pour aboutir aujourd'hui à une des démarches les plus originales et exigeantes, mêlant pop, musique expérimentale, jazz, blues...
Je me dois aussi de dire qu'au cours et à l'issue de ce concert, un sentiment de malaise s'est fait prégnant. De l'entrée en scène, à l'extrême tension perceptible, jusqu'à la fin du set, une ombre lourde a plané de bout en bout. Du corps même de l'artiste, comme pris dans une logique de disparition tant la minceur et la raréfaction des mouvements était impressionnante, jusqu'à la musique qui semblait atteinte d'une gravité alarmante. Accords à peine plaqués sur le manche d'une guitare, si ce n'était la voix inaltérée qui émanait d'un presque nulle part, à peine quelques gouttes de transpiration sur le tissu d'un blouson me rappelèrent qu'un être de chair se tenait à quelques centimètres.
Certes, depuis le 11 septembre 2001, la production de l'artiste, vivant aux États-Unis et figurant un état du monde "tragiquement collectif", s'est empreinte d'une noirceur compréhensible.
Mais, au delà de cette circonstance, David Sylvian a sans doute donné ce soir là une expression ultime d'une forme récurrente de l'art, un rythme particulier, oscillant entre langueurs opaques et trouées de lumière... la Mélancolie.

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